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L'antre des opinions

Vice-Versa : la vie des émotions !

30 Juillet 2015 , Rédigé par Philippe Publié dans #Cinéma (sorties récentes)

Attention ! Cet avis dévoile quelques éléments du scénario du film ! Vice-Versa (ou Inside Out en VO) est le dernier film des studios Pixar et il nous propose de suivre les aventures des émotions de Riley qui dirige sa vie à savoir : Joie, Tristesse, Peur, Dégoût et Colère.

Peur, Tristesse, Joie, Dégoût et Colère

Peur, Tristesse, Joie, Dégoût et Colère

Avant d'entrer dans le vif du sujet je tiens à préciser qu'en temps normal je ne suis pas un grand fan des films d'animations et notamment ceux adressés aux enfants. Pourquoi ? Tout simplement parce que je trouve qu'ils sont bien trop manichéens dans leur vision du monde, trop simpliste dans leur morale voir bancale et ils ont un légère tendance à prendre les enfants pour des êtres incapables de réfléchir par eux-mêmes. Cela dit cette description vise particulièrement Disney, Pixar ayant toujours fait preuve d'un peu plus de profondeur et Vice-Versa confirme cette tendance !

Bien une fois ce point éclairci, commençons à parler de l'univers du film !

Et que dire de plus que la mise en image de notre conscience, de nos pensées et de nos émotions est du pur génie ! Que ce soit le Quartier Cérébral d'où nos cinq protagonistes guident la vie de Riley, que ce soit les souvenirs condensés sous formes de billes rangés dans le centre de la mémoire ou ceux plus importants mis à part et qui créent les îles de notre personnalité. Ou bien tout le système de tri des souvenirs qui périssent au fur et à mesure du temps qui passe et qui finissent jetés dans les abysses de l'oubli. Tout l'univers est cohérent et solide de bout en bout. Chaque élément a été pensé avec soin. Cela constitue une première force du film : sa cohérence et sa capacité à permettre à tous les spectateurs de se reconnaître dans ce qu'il raconte. Si on veut être quelque peu tatillon, il y a bien un petit élément qui peut sembler étrange : c'est le sexe des personnalités. Chez Riley on retrouve des personnalités à la fois masculines et féminines alors que chez tous les autres protagonistes elles sont du même sexe que l'humain dont elle guide la vie. Cependant il faut être assez attentif pour le remarquer et cela ne fait en aucun cas sortir le spectateur de l'univers que le film instaure.

Les îles de la personnalité de Riley

Les îles de la personnalité de Riley

En ce qui concerne maintenant le scénario du film : est-ce qu'on à droit à un scénario Disney ou quelque chose de plus profond et mature ? Eh bien, c'est la deuxième solution qui s'impose !

Si en soit les péripéties traversées par Riley ne sont pas bien originales : à savoir un déménagement à l'autre bout du pays qu'elle vit assez mal et qu'elle finira par décider de fuguer pour retourner d'où elle vient, poussé par Colère, avant de se raviser au dernier moment et de retourner auprès de ses parents pour s'excuser. C'est tout le cheminement que vont traverser les émotions de Riley, et plus particulièrement Joie et Tristesse, qui est très intéressant et surtout vise juste sans verser dans le manichéisme pur et dur. En effet, au début de l'histoire on comprend assez vite que la vie de Riley va pour le mieux guidée en grande majorité par Joie, tandis que Tristesse est laissée à l'écart, mais quand par malheur cette dernière commence à toucher les souvenirs joyeux de la pauvre Riley les transformant en souvenirs mélancoliques, les deux émotions vont finir par être éjectées du Quartier Cérébral avec les émotions fondamentales de la jeune fille. Laissant à Peur, Colère et Dégoût la tâche ardue de mener Riley à travers les péripéties de sa vie avec plus ou moins de succès tel que l'idée brillante de Colère de lui suggérer de fuguer.

Mais toute la saveur du film va venir du périple de Joie et Tristesse pour rejoindre le Quartier Cérébral tandis que toutes les îles de la personnalité de Riley s'effondre les unes après les autres. Je ne dévoilerais pas les différentes étapes qui vont amener Joie à se rendre compte que Tristesse est tout aussi importante pour Riley que les autres émotions (je vous laisse un peu de découverte et de suspens), à contrario du début du film où quand elle fait les présentations et qu'elle présente Tristesse comme une "émotion dont elle ne connaît pas la véritable utilité". Mais là où la plupart des films pour enfants se seraient contenter de rendre Tristesse plus positive, et donc toujours dans cette idée préconçue qu'un enfant doit forcément croire que tout est bon dans le monde, Pixar ose autre chose et surtout un discours plus réaliste et constructeur pour l'enfant qui visionne Vice-Versa. Joie va comprendre que Tristesse et elle sont complémentaires, Tristesse pouvant faire du bien à travers les larmes, mais aussi amener des souvenirs joyeux par la même occasion. Et donc qu'au contraire Tristesse n'est pas qu'une émotion négative, mais pouvant apporter son lot d'effets bénéfiques : et c'est quelque chose de vrai ! Combien de fois ne vous vous êtes pas sentis mieux après avoir versé quelques larmes, réconfortés par un être cher. Souvenir d'autant plus important qu'il vous construit et qu'il vous forge et là-dessus Pixar a fais fort ! Cela se voit notamment avec l'un des deniers plans du film où on peut voir différentes perles de souvenirs teintés de deux colères différentes chacunes représentatives d'une émotion entremêlés à une autre : tout n'est jamais tout noir, ni tout blanc. La vie n'est fait que de teintes et du mélange de différentes émotions et c'est ce message que veut faire passer Pixar à travers son film et rien que pour cela : bravo à eux !

Deuxième point très intéressant dans le scénario du film : c'est tout le développement de Bing-Bong, l'ami imaginaire de Riley quand elle était jeune enfant et qu'elle a depuis oublié, que Joie et Tristesse vont rencontrer dans leur périple.

Ce dernier va se raccrocher à l'espoir que Joie lui donne de le restaurer dans les souvenirs de Riley, mais lorsqu'il se retrouvera avec Joie dans les abysses de l'oubli il va se sacrifier pour permettre à sa compagne d'aventures de s'en sortir. Pixar aborde deux notions qui sont pour moi importantes : celle du sacrifice et de la difficulté de grandir. Dans les films pour enfants, bien trop peu de personnages disparaissent, et si un d'entre eux il est aussitôt ramené à la vie par une astuce scénaristique comme par exemple dans Raiponce. Cela je trouve atténue trop la morale qui pourrait se dégager des films pour enfants et c'est fort dommageable. Bien sûr, je ne suis pas en train de dire qu'il faut des litres de sang et des tripes, mais la mort d'un personnage ou d'un être cher est quelque chose qui arrive dans la vie et donc pourquoi les studios d'animations ne feraient-ils pas en sorte d'aider les enfants, et même les plus grands, à passer ce genre d'épreuve ? Donc rien que le fait que Bing-Bong meurt est une idée courageuse de la part de Pixar.

En ce qui concerne la deuxième notion : la difficulté de grandir, la mort de Bing-Bong en est une bonne représentation. Parfois quand on passe des étapes, il faut sacrifier certains rêves d'enfants ou une certaine vision de la vie afin de se confronter aux réalités. Ce n'est jamais facile et souvent douloureux, mais ce que montre Pixar c'est que cela amène à une évolution nécessaire et bénéfique, et surtout on peut toujours conserver une parcelle de ce qui disparaît comme le fait que la fusée de Bing-Bong reste tout de même dans l'esprit de Riley.

Bing-Bong, l'ami imaginaire de Riley

Bing-Bong, l'ami imaginaire de Riley

En ce qui concerne l'animation elle-même, comme toujours c'est magnifique. Notamment dans la physique des poils des émotions ou de Bing-Bong et c'est toujours un plaisir pour les yeux. La musique du film est bonne, mais aucun thème ou passage ne reste bien longtemps en tête, ce qui est quelque peu dommage. Le seul point négatif que je peux trouver au film c'est l'humour, mais cela est très subjectif. En effet, même si le but premier du film n'est pas de fait rire, il tente de le faire à quelques moments. Pendant la projection, je voyais bien que le film a tenté de me faire rire avec des petits sketchs et gags, mais ça n'a malheureusement pas marché dans l'ensemble. En conclusion, Vice-Versa est un très bon film d'animation avec un scénario mature et réfléchi qui s'insère dans un univers très cohérent. C'est un film que je regarderais avec plaisir de nouveau à l'occasion. Ou même la potentiel suite que plusieurs indices laissent suggérer à la fin du film : tel que le bouton puberté qui apparaît sur la console de commande. Ma note : 4,5/5

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