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Blog où je vous donne mon avis sur des films, des séries, des livres et des jeux vidéo. N'hésitez pas à réagir et à partager votre opinion dans le respect de tous bien sûr.

Complexe Classique #1 : Tous les hommes du roi / Les Fous du roi de Robert Penn Warren

Années trente, alors que dans la chaleur de la Louisiane, ses ennemis manœuvrent pour prendre sa place, Willie Stark, «l’enfant humilié» devenu gouverneur, se découvre un nouvel adversaire : le vertueux Juge Irwin. Le Boss charge alors Jack Burden, narrateur cynique en quête de sens, du fardeau de découvrir la vérité, car dans un monde de corruption « il y a toujours quelque chose à déterrer ». Mais déjà le Temps agit, le passé met en place le futur et tous les hommes du roi montent sur scène pour la tragédie à venir. De l’angélique Anne Stanton à la diablesse Sadie Burke, en passant par Adam l’esthète et Sugar Boy le porte-flingue, chacun jouera son rôle dans ce magistral roman à l’écriture époustouflante, qui de la vie donne son image la plus juste et poignante : celle de la fragilité.

Date de parution : 1946 (USA) / 1950 (France)
Genre : Politique-fiction
Nombre de pages : 560
Nationalité : Etats-Unis

Pour les objectifs de ces dossiers, je vous renvoie vers la note d'intention : Complexe Classique #0 : Note d'intention

Une couverture très classieuse pour Tous les hommes du roi

Une couverture très classieuse pour Tous les hommes du roi

De quoi ça parle ? 

Tous les hommes du roi de Robert Penn Warren est un roman aux thématiques assez nombreuses et traitées avec une grande minutie et profondeur. 
L'un de ses principaux sujets est la politique, notamment américaine, et la corruption qui l'entoure. Par les yeux et les souvenirs du narrateur, Jack Burden, on suit l'ascension de Willie Stark, surnommé le Boss, dans l'arène politique. Le récit va nous conter comment d'un idéaliste lorgnant vers un programme qu'on qualifierait aujourd'hui de populiste : financement de service public, proche du peuple, anti-corruption ... à un politique lambda corrompu et prêt à toutes les bassesses pour assurer son succès. C'est aussi un roman sur la force des leaders charismatiques lors des années 1930 et comment un story-telling peut amener n'importe qui à être élu aux plus hautes charges des Etats-Unis. Je me dois de préciser que le récit est centré sur les Etats-Unis et certains éléments peuvent ne pas résonner pour un·e lecteur·trice français·e, mais surtout pas mal de thématiques actuelles ne sont évidemment pas abordées, ce qui donne par moment un aspect vieillot au développement du roman. Cela dit si les romans sur les arcanes de la politique vous intéresse vous pourrez y trouver votre bonheur et une lecture qui vous plaira. 
La deuxième thématique d'importance dans ce roman est la psychologie de ses personnages notamment l'aspect cynique de l'humain, sa quête d'identité et la notion de destinée. Si vous aimez le développement des personnages, vous allez être gâté. Chacun des personnages est défini en profondeur et par l'un de ses traits va permettre d'aborder pas mal de caractéristiques humaines : le pêché, le fatalisme, la responsabilité de ses actes, la moralité ... Le récit tente et réussit à explorer tous ses aspects et offre un panel de personnages intéressants et qui ont tous quelque chose à raconter. Peut-être même trop puisque le récit se perd parfois dans des détails assez peu utiles et qui peuvent traîner en longueur. Mais si vous arrivez à passer au-delà des longueurs, vous pouvez retrouver avec Tous les hommes du roi un panel intéressant de personnages et un regard, que je qualifierai de morose sur la nature humaine, mais néanmoins très bien amené et construit. 

Mon avis personnel ? Un avis contrasté : entre une narration qui emporte et un narrateur insupportable

Tous les hommes du roi a constitué une bien étrange lecture, partagé entre l'attrait de sa narration et une certaine exaspération face à son narrateur. L'un des éléments marquants de cet ouvrage de Robert Penn Warren est la maîtrise de sa narration. En quelques phrases, l'auteur vous captive et vous embarque avec habileté dans les méandres de la psychologie de ses personnages et des secrets de famille. L'auteur parvient à maintenir toujours un aspect de suspens, sans vraiment verser dans le genre du thriller, mais une tension palpable parcourt bon nombre des chapitres de l'ouvrage. Les informations et les révélations qui s'imposent au narrateur sont distillées à bonne dose pour toujours maintenir l'intérêt du lecteur·trice tout au long des différentes parties qui constituent le roman. La fluidité de l'écriture de Robert Penn Warren y joue pour beaucoup. L'histoire se suit aisément, surtout lorsqu'elle se consacre à une action linéaire, ce qui n'est pas toujours le cas. 
En effet, l'auteur réalise énormément de digression et de retour dans le passé au fur et à mesure de la narration. Des digressions qui coupent le flux du récit et peuvent très facilement faire décrocher son·a lecteur·trice. D'autant plus que ces détours scénaristiques ne sont pas forcément des plus passionnants, lorgnant parfois du côté de Balzac avec des descriptions d'une longueur infinie, ou des événements de la vie du narrateur assez peu important pour le récit ou même son développement personnel. Tout du moins cela aurait mérité d'être raccourci pour être plus digeste, je pense notamment à la longue narration autour de sa tentative de faire un doctorat d'histoire et le récit détaillé de ses recherches. Notamment par le fait que tous ces moments ne constituent pas un paragraphe ou deux par-ci, par-là, mais bel et bien des chapitres entiers.
Cependant, mon principal grief contre le récit est son personnage principal. Jack Burden n'est finalement qu'un personnage assez peu actif dans l'histoire. Certes son développement a pour but de le faire partir d'un fatalisme le plus complet à accepter que la tragédie finale de son histoire résulte en fin de compte du résultat de ses actions et donc c'est de sa faute. Si sur le papier cela peut être intéressant, dans la pratique cela donne un récit au narrateur assez amorphe et qui accepte tout ce qui se passe avec un certain flegme exaspérant. Même quand il est blessé par certains événements, sa réaction n'en est pas vraiment une : une simple fuite et une sorte d'hibernation physique et mentale. Le personnage ne réagit pratiquement pas à tous ce qui se passe et s'il influe sur le récit, ce n'est qu'indirectement ou parce qu'on lui a donné l'ordre de le faire. De plus, Jack est clairement un personnage assez détestable, ce qui complique la lecture du récit qui est raconté à travers ses yeux : il est prétentieux, méprisant, chouineur, jaloux et tout un tas d'autres caractérisations du genre. Il aurait pu être un anti-héros, mais le personnage ne poursuit même pas un but précis si ce n'est de vivre sa vie. Finalement, rien ne rattache le·a lecteur·trice au narrateur, ce qui rend l'identification, ou tout du moins l'attachement, très compliqué et ne facilite clairement pas la lecture du roman. On est donc partagé entre un récit intéressant dans sa narration, mais dont le narrateur est insupportable.

Accessible ou non ? 

Tous les hommes du roi est un ouvrage que je qualifie de moyennement accessible. Il s'adresse avant tout à des lecteurs qui ont un peu de passif et d'expérience. En effet, le roman possède des grosses longueurs par moment qui peuvent décourager les lecteurs·rices débutants. Par contre si vous avez quelques lectures de cet acabit à votre actif, vous pouvez y trouver quelque chose d'intéressant, d'autant plus si ses thématiques fondamentales vous parle. Le style de Robert Penn Warren n'a pas beaucoup vieilli et reste très agréable à lire encore aujourd'hui. Il faudra simplement faire une recherche sur les statuts politiques des personnages afin de bien comprendre les enjeux, mais au-delà de ça l'auteur possède un vocabulaire très accessible. Le seul avertissement que je peux formuler vis à vis de Tous les hommes du roi c'est de se préparer à faire preuve de patience par moments lors des longues digressions ou des descriptions qui durent sur plusieurs pages. 
Personnellement, c'est un livre que je suis content d'avoir lu et même s'il ne rejoindra pas ma bibliothèque j'ai passé un moment sympathique à m'immerger dans cette histoire, avec ses qualités et ses défauts.

Et si je ne veux ou ne peux pas lire le livre, mais qu'il m'intéresse ?

Vous avez de la chance puisqu'il existe deux adaptations cinématographiques de ce dernier. Je ne les ai pas personnellement vu et donc ce que je vais en dire résulte de ce que j'ai pu trouver en ligne sur le sujet. 
La première adaptation date de 1949 et elle est réalisée par Robert Rossen et le film est intitulé Les Fous du roi (All the King's Men). Ce dernier a remporté trois Oscars et a été largement plébiscité par la critique. Cependant, il semble diverger de manière conséquente de son matériel d'origine. 
La seconde est plus récente puisqu'elle date de 2006, intitulée également Les Fous du roi (All the King's Men) et réalisée par Steven Zaillian avec un casting cinq étoiles qui comporte : Sean Penn, Jude Law, Kate Winslet, Anthony Hopkins, Mark Ruffalo ou encore Jackie Earle Haley. Un film qui semble être plus proche du roman et qui peut être plus facilement trouvable. 

Robert Penn Warren, auteur des Fous du roi / Tous les hommes du roi !

Robert Penn Warren, auteur des Fous du roi / Tous les hommes du roi !

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Ta franguine 05/05/2021 19:50

Hello petit frère,

Oui, pour une fois, je fais l'effort de demander sur le site.

Super article !
Très intéressant, ce livre. Je n'en avais jamais entendu parler ! Je vais essayer de le trouver et de regarder la version cinématographique.

Petite question, cela dit ...
Cette manière d'écrire avec un narrateur spectateur me rappelle celle de The Great Gatsby, de F. Scott Fitzgerald.
Est-ce que c'est ce choix de narration qui t'est pénible ou celui de ce roman spécifiquement ?

Des bisous et hâte qu'on se revoit !

Philippe 05/05/2021 20:06

Merci et en espérant que le livre ou le film te plaira. Je ne voudrais pas être de mauvais conseil ^^.

En ce qui concerne le narrateur, cela dépend des cas de figures, n'ayant pas (encore) lu The Great Gatsby je ne peux pas faire la comparaison, mais un narrateur qui serait entièrement spectateur de l'action ne me dérange pas. C'est le cas dans Le Prince Bâtard de Robin Hobb et cela passe plutôt bien, même si l'implication est forcément amoindrie. Ce qui me déplaît dans Tous les hommes du roi, c'est le narrateur spectateur, mais également impliqué dans l'action. Alors qu'il devrait être un moteur de l'action, en tout cas comme c'est présenté dans l'ouvrage, il ne l'est jamais ou simplement indirectement. Ce qui donne finalement un personnage amorphe et pour le coup c'est vraiment un type de personnage que je n'apprécie pas du tout.