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Blog où je vous donne mon avis sur des films, des séries, des livres et des jeux vidéo. N'hésitez pas à réagir et à partager votre opinion dans le respect de tous bien sûr.

Dossier Stephen King #3 : Shining

Shining de Stephen King : Alcoolisme et Violence !

Synopsis : Situé dans les montagnes Rocheuses, l'Overlook Palace passe pour être l'un des plus beaux lieux du monde. Confort, luxe, volupté ... L'hiver, l'hôtel est fermé. Coupé du monde par le froid et la neige. Alors, seul l'habite un gardien. Celui qui a été engagé cet hiver-là s'appelle Jack Torrance : c'est un alcoolique, un écrivain raté, qui tente d'échapper au désespoir. Avec lui vivent sa femme, Wendy, et leur enfant, Danny. Danny possède le don de voir, de ressusciter les choses et les êtres que l'on croit disparus. Ce qu'il sent dans les cent dix chambres vides de l'Overlook Palace, c'est la présence du démon. Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée ? ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs ? cette vie si étrange qui anime l'hôtel ?

Date de parution : 1977 (USA) / 1979 (France)
Traducteur : Joan Bernard
Nombre de pages : 575 (édition Le Livre de Poche)

L'édition que je possède et qui à mon plus grand désespoir reprend une image du film de Kubrick !

L'édition que je possède et qui à mon plus grand désespoir reprend une image du film de Kubrick !

Shining est l'un des romans de Stephen King qu'on ne présente plus, tant il s'est imposé dans la culture populaire, même si cette connaissance repose grandement sur l'horrible film de Kubrick et donc assez fausse sur plusieurs aspects. On reviendra plus en détail sur ce point quand on abordera le film, même si je vais devoir mentionner certains éléments dès ce retour sur le livre parce qu'ils ont une importance sur comment appréhender le récit.

Débutons par sa narration et allons au-delà de l'aspect horrifique et fantastique bien connu du récit. Shining possède une véritable portée dramatique dans sa construction. En effet, dès les 70 premières pages le récit nous a délivré tous les éléments de son final et nous a annoncé la couleur des événements à venir. Tout le déroulement des événements narratifs ont pour but d'amener de l'angoisse aux lecteurs·trices quand on voit Wendy et Danny se retrouver toujours plus isolés avec Jack et l'Overlook. Une construction narrative bien mieux gérée que dans Salem où on connaissait également d'avance le destin des personnages principaux et qui par conséquent empêchait parfois le récit d'atteindre une tension dramatique intense. Dans Shining, l'acte final est dévoilé par les récits des précédents occupants de l'hôtel et c'est en voyant les pièces du puzzle se répéter avec les Torrance que le·a lecteur·trice redoute l'effet cyclique qui se dessine de plus en plus au cours des chapitres. Cependant, à aucun moment on est sûr de la finalité du récit, c'est là que repose toute la différence, on ne sait pas qui va survivre ou non, ce qui permet de garder la tension du récit intacte du début à la fin. Shining possède donc une portée dramatique extrêmement forte dans sa narration et qui ne lâche pas le·a lecteur·trice de bout en bout. D'autant plus que Shining est construit comme une pièce de théâtre classique avec cinq actes, en parallèle avec celle que Jack tente d'écrire, et offre donc une tension qui va crescendo jusqu'à atteindre son point culminant dans le dernier acte. Il n'y a jamais de réel moment d'apaisement et le danger est toujours présent de manière plus ou moins frontal, ce qui fait que le·a lecteur·trice n'est jamais serein au fil des chapitres. C'est dans cette tension palpable que Stephen King peut déployer avec efficacité ses artifices horrifiques et fantastiques.

Concernant les aspects horrifiques et fantastiques, Shining est la suite logique de Salem. Les deux récits partagent la présence d'un antagoniste bien particulier : un lieu qui attire le Mal. Un topos récurrent dans les récits de Stephen King, ces lieux agissant comme des phares de ténèbres et qu'il continue à mettre en scène dans ce roman. Dans Salem, Marsten House était une ombre menaçante qui couvait la ville de son aura maléfique, agissant indirectement sur l'histoire puisque c'était elle qui avait plus ou moins attiré les vampires dans la ville. Les personnages principaux étaient fascinés par le lieu, mais extérieurs à celui-ci. Shining au contraire nous immerge complètement dans ce lieu maléfique et nous fait vivre son influence au plus près. Le danger est omniprésent et chaque élément que l'auteur implémente dans son récit sont de potentiels sources de peur ou de manifestation maléfique. Cela fonctionne parce que Stephen King se concentre seulement sur quelques lieux bien précis dans ce vaste hôtel resserrant l'intensité de son récit à cinq, six endroits au lieu de jouer avec l'entièreté de l'hôtel. Si vous êtes imaginatif et actif pendant votre lecture, alors tout cela est d'une efficacité redoutable. Une efficacité qui est présente notamment grâce à des descriptions qui allient à merveille concision et immersion. En deux ou trois phrases, Stephen King nous immerge dans le décor et on en saisit le moindre détail avec précision. Un réalisme certain se dégage à chaque instant dans le roman. Les dialogues ne sont pas en reste et comme toujours avec cet auteur ils sont d'une incroyable justesse et sentent le réalisme. C'est extrêmement compliqué de faire des dialogues crédibles qui ne versent pas dans le ton théâtral et Stephen King excelle dans le domaine, peu importe le registre de son personnage, on a l'impression de lire une retranscription d'une discussion enregistrée tant tout sonne juste. Tout cela facilitant l'immersion du lectorat et donnant plus d'impact à l'aspect horrifique du récit.
Cependant cet aspect horrifique ne fonctionnerait pas aussi bien sans une véritable science dans l'écriture de personnages vivants et la dimension sociale qu'ils apportent au récit.

Commençons par celui où j'ai le moins de chose à dire : Danny. Le personnage est assez classique et ne raconte finalement que peu de choses puisqu'il n' a pas de réel propos social, il doit simplement se contenter de survivre et maîtriser son don. Danny est au début un personnage déstabilisant, c'est un très jeune enfant, aux alentours de cinq ans, mais bien en avance sur son âge tout en conservant certaines réflexions enfantines. C'est un peu étrange à lire, mais petit à petit on s'y fait et on passe outre notamment grâce au fait que le personnage est très attachant. Danny c'est vraiment l'exemple type de l'enfant gentil, intelligent et bon. Je suppose que Stephen King a pas mal projeté son affection et l'image qu'il avait de son premier enfant au moment de la rédaction de Shining. Danny vit des événements compliqués, qui le traumatisme, mais il arrive à les combattre et à les surmonter. Pour tout parent, il représente l'image idéal d'un enfant. 
Le couple constitué de Wendy et Jack est quant à lui bien plus intéressant à analyser et à décortiquer. Si vous n'avez vu que le film et que vous voulez vous lancer dans le livre, oubliez les personnages de Kubrick qui n'a rien compris au propos du roman de Stephen King. Pas la moindre miette n'est à garder. Shining ne parle pas de folie et de fantômes, mais de sujet bien plus prosaïques que sont l'alcoolisme et la violence conjugale. Jack n'est pas un personnage fou, ce n'est pas non plus l'hôtel qui le fait plonger là-dedans. Jack est un homme violent, alcoolique et dangereux, mais parfaitement sain d'esprit. Ce que fait l'Overlook dans le roman n'est seulement que d'accélérer sa rupture et de lâcher plus rapidement les chaînes qui retiennent le Cerbère qu'il est. Avant même d'intégrer l'hôtel, il avait déjà succombé à l'alcool. Avant même de prendre ce poste, il a cassé le bras de Danny sur un excès de colère et fracasser un élève, presque à mort, qui s'en prenait sa voiture. Et tous ces excès ne sont pas dû seulement à l'alcool. L'alcoolisme dans le récit n'est là que pour exorciser les propres démons de Stephen King lui même, mais la véritable horreur c'est dans la violence du personnage qu'elle se trouve. Avant d'être au service de l'Overlook, il a déjà des sautes d'humeurs vis à vis de son fils et surtout de sa femme. Un personnage tel que celui de Jack aurait fatalement basculé à un moment ou un autre, l'hôtel n'est qu'un accélérateur qui pousse toutes les manettes mentales du personnage à fond, mais l'horreur social aurait existé sans l'Overlook. Shining c'est une plongée dans cette horreur sociale et l'enfer que peut représenter la vie conjugale avec un personne comme Jack. Shining nous présente tous les aspects de cette vie infernale et subie par femmes et enfants. Comme on alterne les points de vue entre les trois membres de la famille, celui de Jack aurait pu très vite être un piège en terme d'écriture et transformer ces passages en justification ou excuse de son comportement. Stephen King esquive très bien ce piège. Jack n'est jamais un personnage auquel on s'attache, même quand on est de son point de vue, tant il s'évertue à toujours rejeter la faute de ses échecs sur le reste du monde. Immédiatement le·a lecteur·trice se retrouve à n'avoir aucune attache envers lui et à le trouver même insupportable. Tout le contraire de Wendy.
Oubliez le personnage fragile, insipide, morne et continuellement sur le point de pleurer du film de Kubrick, celle du livre n'est rien de tout cela. Elle est comme toutes ses femmes enchaînées aux entraves du mariage et qui tentent de faire poursuivre un couple pour son enfant. La psychologie de Wendy retranscrit parfaitement cette situation ô combien banal d'une femme qui doit préserver les apparences, qui subit une charge mentale incroyable et une violence psychologique de tous les instants, avant que celle-ci ne devienne physique. Si Danny est un personnage fort parce qu'il affronte les visions de l'hôtel, Wendy l'est tout autant puisque c'est elle qui affronte les horreurs de la vie courante sans jamais en démordre. Wendy est un personnage fort et retranscrit bien un exemple de la douleur vécue dans ce genre de situation. Pas mal oubliée, certainement à cause du film, elle est une véritable héroïne du récit et elle mérite d'être remise en avant.

Cependant, tout n'est pas parfait et quelques petits défauts se sont glissés dans le récit. Stephen King a été souvent attaqué pour la place de certains de ses personnages féminins dans ces récits et si ce n'est pas encore le cas avec Wendy, certains détails lors de descriptions paraissent déplacés et graveleux. Certaines phrases sont inutiles, ont un aspect très voyeuristes et pas sûr que ce type de phrases viendraient ponctuer une description masculine. Heureusement, cela se retrouve seulement une ou deux fois dans le roman, mais il me semble important de le préciser. 

En conclusion, Shining de Stephen King est un roman de haute volée qui sait jouer avec la dimension dramatique de son récit tout en procurant des frissons bien venue grâce à la maîtrise du fantastique horrifique de l'auteur. Au-delà de tous ces aspects, Shining est également un formidable récit sur l'alcoolisme et le syndrome de manque, mais surtout et principalement sur la question des violences conjugales. Comment cette violence ne nait pas de nul part et constitue une horreur qui couve lentement au sein de l'homme ne demandant qu'à ressurgir au moindre prétexte que l'antagoniste du récit ne manquera pas de faire. La maîtrise stylistique de King contribue à une immersion forte tout au long du récit. Enfin, les personnages sont formidablement écrits et contribuent à faire de ce Shining un intemporel de la bibliographique de Stephen King.

Deviant Art de l'artiste Laura Bifano, autrice du fan-art ci-dessous : https://www.deviantart.com/biffno/gallery 

Un magnifique fanart de Jack Torrance par Laura Bifano et reprenant les éléments du roman !

Un magnifique fanart de Jack Torrance par Laura Bifano et reprenant les éléments du roman !

A suivre, Shining de Stanley Kubrick (1980)

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